L’inconnu(e) de l’immeuble d’en face.. (2) – La rencontre

Un récit à 4 mains écrit par Sam et Arlequin

<< Partie 1 : La découverte

 

Par Sam  : 

– Est-ce moi que vous cherchez, très chère ?

Le timbre de sa voix était grave, mais son ton montrait qu’il était amusé. D’ailleurs, le sourire qu’il me fit me le prouva. Je me tournais vers lui et le découvris assis à l’une des terrasses que je venais de dépasser. Il m’avait donc repéré et m’avait joué un bien vilain tour.. Je m’en amusais à mon tour et m’asseyant à sa table, je lui dis simplement :

– Peut-être m’offrirez-vous un café ?

Je ne pouvais que m’amuser de la situation, il m’avait eu à mon propre jeu.. Ainsi, je lui tendis la main en me présentant :

– Bonjour, et merci de m’accepter à votre table. Je m’appelle Samantha, mais tout le monde m’appelle Sam. Et… je suis ravie d’entendre enfin le son de votre voix !

J’avais pris le parti de prendre un ton amusé, même si mon coeur battait la chamade. Je ressemblais à une collégienne face à son amoureux, ne sachant quoi dire et que faire !

Le brassier vint à nous, et salua « mon inconnu » comme un habitué :

– Bonjour Monsieur Thierry, je suis ravi de vous voir en si charmante compagnie ce matin !

Il nous regardait tour à tour, un gentil sourire sur les lèvres. J’apprenais grâce à la bienveillance de cet homme le prénom de « mon inconnu » et, pour le remercier sans qu’il en comprenne réellement la signification, je le gratifiais d’un grand sourire.

– Sam est une voisine, charmante voisine, qui me fait le plaisir de prendre son petit déjeuner avec moi ce matin. Sam, je vous présente Fred, mon cafetier préféré !

Le brassier se mit à rire tout en interrogeant « mon inconnu » sur son roman. J’en appris ainsi un peu plus : Thierry était romancier et devait proposer son manuscrit terminé à son éditeur dans quelques heures. Je les écoutais avec beaucoup d’attention tout en observant Thierry..

Son chapeau cachait ses cheveux et ses lunettes d’une monture très fine me laissaient apercevoir deux yeux gris, d’une douceur et d’une sensibilité que l’on découvrait dès le premier regard. Son menton et ses joues légèrement creuses parfaitement rasées entouraient une fine bouche aux lèvres presque rouges.

Ses mains pianotaient involontairement sur la table de la brasserie, un air certainement endiablé, ses longs doigts fins ne cessant de battre la mesure. Il avait croisé ses longues jambes et s’était légèrement tourné, son genou dépassant de la table et ne pouvant se caler en dessous. Cela lui donnait une posture très décontractée, en comparaison de la façon dont je me tenais, très droite dans mon fauteuil, presque rigide, tellement je me sentais nerveuse.

Thierry me posait une question, j’eu un quart de seconde de réflexion de trop qui le fire sourire.

– Vous êtes dans la lune ma chère Sam.. Que voulez-vous prendre comme boisson chaude ?

– Oh.. un café allongé, ce sera parfait, s’il vous plait !

Je dû rougir quelque peu, mais tentais de reprendre bonne contenance.

– Ainsi, vous êtes romancier Thierry ! Je serai ravie de pouvoir lire un de vos romans un jour ! J’aime beaucoup la lecture, j’ai d’ailleurs toujours un livre sur mon chevet..

Nous échangeâmes des banalités alors que nous buvions notre consommation. Fred nous avait aussi apporté un plateau de viennoiseries, et je ne pus résister devant un pain au chocolat qui semblait tout juste sorti du four..

Madame Louisette vint se greffer à notre conversation, et je lui indiquais habiter son immeuble, au troisième étage.. Nos yeux ne se quittaient guère maintenant que nous étions face à face, et Thierry, bien timidement, m’avoua qu’il savait depuis longtemps que j’habitais ici, et qu’il appréciait l’audace que j’avais eu ce matin.

– Vous m’intriguez depuis tellement longtemps, depuis mon emménagement pour être précise ! Ce n’est pas banal que de prendre tous les jours le même chemin et le même tramway qu’une personne, toujours aux mêmes heures.. J’ai eu envie de vous connaître, de savoir où vous alliez lorsque nous nous quittions..

J’esquissais un nouveau sourire.. « nous nous quittions », c’était ainsi que ça se passait dans ma tête chaque matin, et mes pensées allaient toujours vers lui lorsque je rentrais seule le soir par ce même tramway.

– Si j’osais..

Je m’interrompais à nouveau. Dois-je oser ? maintenant que je l’ai rencontré, je ne vais pas le laisser filer, n’est-ce pas ? Mais, est-il seul dans sa vie, je ne le sais même pas !! J’avais tellement de choses à lui demander, tellement envie d’en savoir plus sur lui, et puis… Oh ! On n’a qu’une vie ! Je dois arrêter de me poser autant de question, advienne que pourra !

Je reprenais devant son air interrogateur :

– Si j’osais, je vous demanderais si vous êtes libre ce soir. Je reçois quelques amis pour un dîner très informel mais sympathique.  Nous commandons du japonais : ainsi pas de cuisine à préparer, pas de vaisselle, et la soirée est à nous.

Souhaiteriez-vous vous joindre à nous ? vous et votre amie bien entendu ?

J’avais posé cette dernière question en espérant avoir un éclaircissement sur son célibat ou non.. Il.. oui, il m’intéressait beaucoup, j’avais envie de mieux le connaître, sur bien des plans..

– Je comprend que cette invitation se fait à la dernière minute, que vous n’êtes probablement pas disponible..

Une vraie collégienne, décidément ! Plus je parlais, plus je m’enfonçais !

Thierry n’avait aucune envie de m’éclaircir, et je comprenais bien qu’il riait intérieurement devant ma question et mes bredouillements en me répondant :

– Je viendrai volontiers me joindre à vous. Ce sera un plaisir de vous revoir dès ce soir Sam !

Jolie brune - photo offerte par DDF– Oh c’est parfait, je suis ravie !! Très heureuse que vous puissiez nous rejoindre. Venez les mains dans les poches bien sur ! Nous passons commande à 19 heures, et serons livrés vers 20 heures. Cela nous laisse le temps de bavarder et de prendre l’apéritif.. Vous pourrez ainsi nous parler de votre roman !

Nous nous quittâmes bientôt, Thierry devant se rendre à son rendez-vous.. Je reprenais le chemin en sens inverse, me rendant au tramway le coeur léger. Thierry occupait toutes mes pensées, je m’étais noyée dans ses yeux, sa voix raisonnait encore dans ma tête, son sourire ne me quittait plus.. J’étais tellement heureuse de le revoir dès ce soir, au milieu de notre petite bande de copains. D’habitude, nous passions nos soirées à bavarder, à jouer aux cartes, ou encore à… mais non, ce soir ce ne serait pas possible, ce soir, la soirée serait réservée à Thierry, je comptais bien en apprendre encore plus sur lui, en espérant qu’il viendrait seul et qu’il me confirmerait son célibat…

 

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Par Arlequin

www.laplumedarlequin.com

 

 

Bonjour et merci de m’accepter à votre table. Je m’appelle Samantha, mais tout le monde m’appelle Sam. Je suis ravie d’entendre enfin le son de votre voix !

« Enfin ? », pensai-je ; un simple petit mot qui laisse sous-entendre tellement de choses… Pour ma part, il me faisait comprendre que cette ravissante jeune femme, cachant une certaine nervosité sous son ton enjoué, s’intéressait à moi depuis quelques temps déjà et je m’en sentis honoré.

En parfait gentleman, je me levai afin de l’aider à prendre place sur le siège en osier, en profitant pour jeter un œil discret sur ses cuisses qui se découvrirent un peu plus lorsqu’elle s’assit. Je me réinstallai ensuite en face d’elle, en affichant un large sourire et en plantant mon regard dans le sien ; dans ses yeux, je perçus cette nervosité qu’elle tentait de me cacher et me demandai si j’étais le responsable de cet état.

– Bonjour, monsieur Thierry ! Vous voilà en bien charmante compagnie ce matin !

J’adressai un clin d’œil à Fred et remarquai le petit sourire dont Samantha le gratifiait pour l’avoir renseigner sur mon prénom.

– Sam est une voisine, une charmante voisine, qui me fait la surprise de prendre son petit-déjeuner avec moi… Sam, laissez-moi vous présenter Fred, le patron de ce café, qui, après plus de quatre ans, continue à me dire Monsieur !

– C’est pourtant vrai, répondit Fred en riant. Que voulez-vous ? A mon âge, on ne se refait plus ! Mais je ne m’attendais pas du tout à vous voir aujourd’hui, en tout cas pas ce matin ; il y a un problème avec votre roman ?

Samantha nous écoutait attentivement et son regard devint subitement interrogateur lorsque Fred fit allusion à mon métier.

– Non, Fred, aucun problème. Simplement, j’ai eu envie de venir ici avant de me rendre à Plougastel, juste pour le plaisir.

– Voilà qui est fort sympathique ! Je suppose que je vous sers la même chose que d’habitude ?

– Oui, bien sûr. Et vous, Sam, que prendrez-vous ?

Samantha me scrutait avec une grande intensité, comme si elle cherchait à lire en moi ; je me sentis troublé et la trouvais de plus en plus belle.

– Excusez-moi ? me dit-elle presque dans un murmure.

– Vous me semblez dans la lune, ma chère Sam ! Que voulez-vous boire ?

– Oh… Un café allongé, dit-elle, en rougissant un peu, à l’adresse de Fred. Ce sera parfait… s’il vous plait !

– Je vous apporte ceci tout de suite, répondit Fred avant de s’éclipser.

– Ainsi, vous écrivez ?

– Oui.

– Mais vous en vivez ?

– Je suis loin d’être millionnaire, mais j’ai cette chance de pouvoir vivre de mes romans.

– Je serais ravie de pouvoir en lire un, un jour ; j’aime beaucoup la lecture et, du reste, j’ai toujours un livre sur ma table de chevet !

– Je serais enchanté des vous en offrir un, toutefois, il vous faut savoir que mes romans s’adressent à un public averti.

– C’est-à-dire ?

– Ils contiennent de nombreux passages érotiques !

– Voilà qui m’intéresse au plus haut point !

Les yeux noisette de Samantha s’étaient mis à briller et sa voix s’était faite subitement sensuelle. A cet instant, je sus que je mettrais tout en œuvre pour que cette rencontre ne s’arrête pas à cette terrasse de café.

Fred revint avec un plateau chargé de nos boissons chaudes et d’un petit panier contenant quelques viennoiseries. Il posa notre commande sur la table, ainsi que le panier, et repartit aussitôt pour servir un autre client, après nous avoir souhaité un bon petit-déjeuner.
Tout en sirotant tranquillement notre café, Samantha et moi échangeâmes quelques banalités d’usage, histoire de faire un peu plus connaissance. J’appris ainsi qu’elle débarquait de la région Lyonnaise, où elle occupait un poste de responsable commerciale dans une grande banque. A la suite d’une séparation douloureuse d’avec son petit-ami, elle avait eu besoin d’un changement total d’air et avait posé une demande de mutation, sans donner d’endroits en particulier : n’importe quelle région aurait fait l’affaire, dès l’instant où elle était éloignée de Lyon. Et ce fut ainsi qu’elle se retrouva à Brest où elle finit par trouver le dépaysement nécessaire au rétablissement de son moral. De fil en aiguille, notre conversation se porta sur les habitants de notre quartier et, bien entendu, sur Madame Louisette.

– J’habite le même immeuble qu’elle, m’expliqua Sam, au troisième étage.

– Je me dois de vous faire un aveu : je sais depuis longtemps que vous habitez de l’autre côté de la rue, même si j’ignorais votre étage.

– Voilà qui est flatteur pour moi.

– Ce qui flatteur, Sam, c’est que vous m’ayez suivi ce matin !… Car vous me suiviez, n’est-ce pas ?

– Vous m’intriguez depuis si longtemps, me répondit-elle après un court instant de réflexion, depuis mon emménagement, pour être très précise. Ce n’est pas banal que de prendre tous les jours le même chemin et même tramway qu’une autre personne, toujours à la même heure. J’ai eu envie de vous connaître, de savoir où vous alliez quand… nous nous quittions !

Sa voix avait eu un léger tremblement à la fin de sa phrase. Tout en l’écoutant, je réalisais que nous partagions depuis un long moment une même émotion, un même sentiment de bien-être à nous retrouver tous les matins. En revanche, je me demandai si elle éprouvait le même déchirement que moi quand, comme elle l’avait si bien dit, nous nous quittions.

– Si j’osais, commença-t-elle dans un souffle, avant de s’interrompre net.

Elle baissa un instant le regard, cherchant sans doute la meilleure façon de me demander quelque chose, sans donner l’impression de me brusquer ; je devinais la question qui lui brûlait les lèvres : êtes-vous célibataire ?

– Si j’osais, reprit-elle en me fixant à nouveau droit dans les yeux, je vous demanderais si vous êtes libre ce soir ! Je reçois quelques amis pour un dîner très informel, mais sympathique. Nous commandons du japonais : ainsi, pas de cuisine à préparer, pas de vaisselle et la soirée est à nous ! Souhaiteriez-vous vous joindre à nous ?… Vous et votre amie, bien entendu.

En homme habitué à jongler avec les mots, j’admirai la façon qu’elle avait trouvée pour connaître mon statut matrimonial, mais je n’étais pas franchement friand de la cuisine japonaise. Toutefois, je voyais dans cette invitation une porte pouvant s’ouvrir vers une belle histoire et je ne pouvais laisser passer une telle occasion.

– Je comprends que cette invitation se fait à la dernière minute, que vous n’êtes probablement pas disponible…

Sa voix était à nouveau tremblante ; j’imaginai facilement son cœur cogner très fort dans sa poitrine, tout aussi fort que battait le mien.

– Je viendrai volontiers me joindre à vous. Ce sera un réel plaisir que de vous revoir dès ce soir, Sam.

– Oh, c’est parfait ! Je suis ravie ! Très heureuse que vous puissiez nous rejoindre ! Venez les mains vides, bien sûr !… Nous passons la commande pour 19 heures et serons livrés vers 20 heures ; cela nous laissera le temps de bavarder et de prendre l’apéritif… Vous pourrez ainsi nous parler de votre roman !

Nous discutâmes encore pendant une bonne demi-heure, puis, à mon grand regret, je dus me décider à prendre congé pour me rendre à Plougastel. Elle se leva en même temps que moi et me tendit la main avec un grand sourire. A cet instant, j’eus très envie de la prendre dans mes bras pour respirer son odeur, pour m’emparer de ses lèvres fines, attirantes… Mais je n’osai le faire et me contentai de lui serrer tendrement la main.

Bien que j’appréciai fortement Luc, mon éditeur, les quatre heures que je passai en sa compagnie ma parurent interminables. En réalité, je n’avais pas prévu de passer autant de temps avec lui, mais il devait me parler d’une proposition qu’il avait reçu concernant la trilogie des « Piège libertin » : déjà parue en Angleterre, elle intéressait à présent les Etats-Unis, ce qui allait donner à ma carrière un élan auquel je ne m’attendais guère. Nous déjeunâmes donc ensemble et je dus faire de gros efforts pour écouter tout ce qu’il avait à me dire, tant j’étais obsédé par l’idée de retrouver Samantha. Son sourire, son regard ravageur, ses jambes superbes… son image ne quittait plus mon esprit.

Enfin, l’heure tant attendue arriva. En revenant de Plougastel, j’avais fait une halte chez un fleuriste pour acheter de belles roses baccaras ; Samantha m’avait bien dit de venir les mains vides, mais je ne pouvais décemment le faire. En revanche, je regrettais de ne pas avoir pris un peu plus de renseignements sur la soirée, de manière à savoir comment m’habiller. Après moult hésitations, je finis par opter pour un jean, une chemise blanche et un boléro noir.
A 18 heures 50, j’enfilai une paire de chaussure beige, assortie à mon borsalino, pris le bouquet de rose et quittai mon appartement. Je traversai la rue le cœur battant très vite et ma main trembla légèrement en cherchant le prénom sur l’interphone.

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