L’inconnu(e) de l’immeuble d’en face.. (1) – La découverte

Un récit à 4 mains écrit par Sam et Arlequin

Par Sam  : 

Cela faisait quelques mois que j’habitais le quartier, je m’y plaisais. Bien sur, on était loin de la maison avec jardin dont je rêvais, mais mon appartement était spacieux, j’habitais en plein centre-ville, les commerçants et les transports en commun étaient à portée de main..

C’était un peu l’endroit rêvé pour une jeune femme aimant la vie de quartier, et je commençais à connaître un peu mieux mes voisins et les commerçants de ma rue.

Chaque matin, lorsque je partais au travail, Madame Louisette comme on l’appelait dans l’immeuble, balayait le trottoir devant la porte. Ce n’était pourtant pas son rôle, mais elle habitait au rez-de-chaussée et tenait à ce que notre « morceau de trottoir », comme elle disait sans cesse, soit toujours propre.

Chaque matin, je la rencontrais donc, inlassablement, alors que je prenais à gauche en sortant, me dirigeant vers le tramway qui me mènerait à mon bureau.

Chaque matin, je rencontrais également le voisin du second, plutôt taciturne, et qui, après un hochement de tête, poursuivait sa descente jusqu’au sous-sol pour prendre sa voiture.

Et chaque matin, je le voyais, lui.. cet inconnu de l’immeuble d’en face. Il sortait pratiquement en même temps que moi, à 7h45, et nous parcourions le même chemin, pour rejoindre le même tramway, celui de 7h54. Par un heureux hasard, il descendait au même endroit que moi, mais je le perdais ensuite de vue, partant vers la rue Malraux, à gauche, alors qu’il se dirigeait vers la rue des Prairies.

Regard entre un homme et une femme - photo offerte par BabesIl était beau, il avait du charme, était galant et élégant, et nos yeux se croisaient souvent, dans la rue, alors que l’on marchait chacun sur son trottoir, dans le tramway ou lorsqu’on « se quittait » pour aller travailler.

Depuis des mois, j’avais appris à le connaître sans jamais lui avoir parlé. Je connaissais ses petites manies, comme celle de tenir sa sacoche contre son torse, de se lever lorsqu’une femme entrait dans le tramway et n’avait pas de place assise, celle de baisser les yeux lorsqu’il voulait me regarder alors que moi-même je le regardais déjà..

J’avais l’impression qu’il faisait partie de ma vie et les rares fois où il n’étais pas là le matin, je le cherchais un peu comme si il me manquait..

Un beau jour, alors que je ne travaillais pas, ayant pris une journée de congé, je me levais comme à l’accoutumée.. Une idée avait germée dans ma tête la veille au soir, celle de suivre mon inconnu de l’immeuble d’en face. Je l’appelais ainsi « mon inconnu » car j’avais beau avoir été regarder les noms sur l’interphone, comment savoir si il était David, Gérard, Stéphane ou encore d’autres dont je n’avais pas retenu les prénoms..

Ce matin là, je m’étais donc habillée comme si je partais travailler, et à 7h45, je sortis de mon immeuble. Le temps d’échanger les salutations d’usage avec Madame Louisette que « mon inconnu » sortait lui-même du porche de son immeuble. Je prenais congé de mon interlocutrice et me mit en route vers le tramway, quelques pas en amont de lui sur le trottoir d’en face.

Il était vêtu d’un jean et d’une veste bien coupée, son éternelle sacoche toujours vissée à son bras gauche. Ce matin-là, il avait mis un chapeau qui cachait ses cheveux bruns coupés courts et une sorte d’écharpe ou de foulard entourait son cou. Il était séduisant, c’était indéniable, mystérieux aussi, et timide peut-être..

Je le suivais et montais dans le tramway pratiquement derrière lui. La rame était bondée, nous ne pûmes nous asseoir ni l’un ni l’autre. C’était la première fois où nous étions aussi proches, seulement, il me tournait le dos.. Etait-ce involontaire ? je l’espérais !

Notre station approchait, il convenait pour moi de ne pas me faire repérer ! Je voulais en savoir plus sur lui, et savoir où il travaillait me semblait être un bon début.. Ainsi, je le laissais prendre un peu d’avance, 50 mètres environ, sans pour autant le perdre de vue. Arrivé pratiquement au bout de la rue des prairies, il tourna à droite et je le perdis de vue pendant une bonne minute. A l’angle, je m’arrêtais, tentant de repérer son chapeau.

Des terrasses de café et de restaurant s’étalaient tout au long de la rue, et dans les quelques passants je ne retrouvais pas « mon inconnu ».. Je repris ma marche en espérant qu’il n’était pas rentré dans l’un des immeubles de la rue, quand je me fis interpeller :

– Est-ce moi que vous cherchez, très chère ?

Le timbre de sa voix était grave, mais son ton montrait qu’il était amusé. D’ailleurs, le sourire qu’il me fit me le prouva. Je me tournais vers lui et le découvris assis à l’une des terrasses que je venais de dépasser. Il m’avait donc repéré et m’avait joué un bien vilain tour.. Je m’en amusais à mon tour et m’asseyant à sa table, je lui dis simplement :

– Peut-être m’offrirez-vous un café ?

 

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Par Arlequin

www.laplumedarlequin.com

 

Cela faisait cinq ans que j’avais quitté Paris pour m’installer à Brest. Mon plus cher désir étant de retourner chez moi, en Pays d’Oc, je n’étais pas pleinement satisfait, mais, néanmoins, j’étais heureux d’avoir quitté la capitale et sa démesure, parvenant à retrouver un peu de ce calme qui m’avait tant fait défaut des années durant. De plus, en apprenant à connaître les brestois, j’avais retrouvé une chaleur humaine qui, par de nombreux côtés, me rappelait celle des gens du sud. Il y avait aussi cette immense fierté qu’ils avaient d’être Bretons, avec un attachement à leur terre, à leur mer, aussi forte que l’était le mien pour ma terre Occitane. Au final, en les côtoyant, je découvris que Bretons et Occitans avaient de nombreux points communs et sans doute fut-ce pour cette raison, que je fus très vite adopté par eux.

J’habitais en centre-ville, à quelques minutes à pied d’une station de tramway, avec suffisamment de commerces de proximités pour ne pas devoir aller me perdre dans une grande surface. Commerçants et habitants étaient forts sympathique et le quartier s’enorgueillissait de disposer d’une vedette locale que tout le monde appelait Madame Louisette. Elle habitait un petit appartement dans l’immeuble situé en face du mien et avait pour habitude de balayer le trottoir devant l’entrée commune, de très bon matin. Cette petite manie m’avait beaucoup fait sourire, dans un premier temps, avant que je ne découvre que ce n’était pas par un soucis de propreté qu’elle faisait cela, mais pour avoir une excuse pour aborder ses voisins, ou bien des passants, et discuter quelques minutes avec eux.

Madame Louisette n’avait jamais quitté Brest depuis sa naissance et avait connu tous les changements de sa petite ville au fil des années. Elle avait aussi vécu la période noire de l’Occupation et s’était rendue célèbre pour des hauts faits de résistances, alors qu’elle n’avait que 14 ans ; du reste, le Président de la République l’avait décoré pour acte de bravoure et c’était de cela dont était fier les habitants du quartier. J’appréciais énormément de discuter avec elle et étais ravi de pouvoir lui apporter « un peu de soleil dans sa journée », comme elle se plaisait à me le dire. Veuve, à la retraite depuis longtemps, et une famille bien trop loin pour lui rendre visite régulièrement, elle n’avait que ces rares moments de dialogue pour tromper l’ennui du temps qui passe inexorablement.

Jolie femme brune - photo offerte par Babes

Dans ce même immeuble, une jeune femme avait attiré mon attention dès le jour de son arrivée dans le quartier, il y avait environ cinq mois. Brune, aux cheveux mi- longs, des courbes généreuses, il y avait un charme étrange qui se dégageait d’elle, presque mystique, quelque chose qui faisait que, malgré sa petite taille, pas plus d’1m60, il était impossible de ne pas la remarquer dans une foule immense, impossible de ne pas se retourner sur son passage.

Je la croisais tous les jours, ou presque, lorsque je partais pour mon petit rituel matinal. Romancier, j’aimais écrire les brouillons de mes livres à l’extérieur de chez moi, dans des lieux différents, déserts ou fréquentés : la seule chose importante était que je puisse y sentir une atmosphère, une âme me donnant l’inspiration. C’était ce que j’avais trouvé chez Fred, un brassier d’une cinquantaine d’années avec qui j’avais particulièrement sympathisé. Presque tous les matins, donc, je mettais mon cahier et mon stylo plume dans ma sacoche bandoulière, prenait le tram de 7 heures 54 et me rendait chez lui, où je savais que m’était réservé une petite table au fond de sa salle. Par une heureuse coïncidence, ma belle inconnue brune prenait le même tram et descendait à la même station que moi ; mais, alors que je prenais la rue des Prairies, elle s’engageait dans celle de Malraux.

Au fil des semaines, puis des mois, j’avais réussi à connaître ses jours de repos, qui étaient en semaine et non le week-end, ainsi que l’horaire à laquelle elle rentrait chez elle et il m’arrivait de plus en plus souvent de la guetter, depuis la fenêtre de mon appartement, juste pour le plaisir de la voir. Je n’avais jamais remarqué d’homme en sa compagnie et avais fini par supposer qu’elle devait être célibataire. Je l’avais aussi souvent observé discutant joyeusement avec Madame Louisette et l’idée m’était venue, à plusieurs reprises, d’aller voir celle-ci pour lui demander quelques informations sur cette belle locataire, mais sans jamais oser le faire, pas plus que je ne trouvais le courage de l’aborder directement. Si les choses n’avaient tenu qu’à moi, la situation aurait certainement duré ainsi très longtemps : mais ma belle inconnue décida, un jour, de forcer le destin.

Ce matin-là, je devais me rendre chez mon éditeur pour lui apporter mon dernier roman finalisé. La Maison d’Edition se trouvant à 12 km de Brest, à Plougastel-Daoulas, il n’était pas prévu que je me rende chez Fred, mais cela faisait déjà deux jours que je n’avais pas effectué mon petit rituel et j’avais très envie de revoir la belle demoiselle brune. Je mis donc les 300 pages de mon livre dans ma sacoche et quittai mon appartement ; à peine avais-je franchi la porte de mon immeuble, que je l’aperçus de l’autre côté de la rue, en grande conversation avec Madame Louisette. Elle portait une robe à fleur, lui descendant à mi cuisses, des escarpins noirs à hauts talons qui lui faisaient des jambes superbes, et ses cheveux flottaient librement sous l’effet d’une petite brise ; mon cœur se mit à battre plus fort et je partis lentement en direction de la station de tramway, souhaitant que Madame Louisette ne retienne pas trop longtemps celle qui me faisait tant vibrer ; je fus vite soulagé en entendant le bruit de ses talons, derrière moi, tandis qu’arrivait le tramway.

Fait peu coutumier, la rame n’avait plus de places assises et je m’agrippai à une barre alors que le tram reprenait sa route ; mon inconnue était dans mon dos, à quelques centimètres de moi ; je pouvais sentir son parfum, presque entendre le souffle de sa respiration. J’eus envie de me retourner, de lui adresser un bonjour, de lui dire combien elle occupait mes pensées depuis tant de temps, mais, encore une fois, je n’en trouvai pas le courage.

Je descendis en premier à notre station et me mis à réfléchir à grande vitesse, cherchant une excuse pour faire enfin sa connaissance. Machinalement, je m’engageai dans la rue des Prairies et, lorsque je m’en rendis compte, je décidai de faire demi-tour pour courir dans la rue Malraux et tenter de la rattraper ; ce fut à cet instant que je l’aperçus, à peine cachée entre trois passants. Que faisait-elle dans la rue des Prairies ?

Je poursuivis mon chemin, en direction de chez Fred, me retournant de temps à autre pour vérifier que mon inconnue était toujours derrière moi et commençai à me demander si elle était vraiment en train de me suivre. Pourquoi le ferait-elle ? Il est vrai que nous avions souvent croisé nos regards, même si je baissais rapidement les yeux : se pouvait-il qu’elle ressente la même chose que moi ?

Je tournai à droite et arrivai vite à la Brasserie. Mais, plutôt que de rentrer dans la salle, je m’installai en terrasse et attendis. Au bout de quelques minutes qui me parurent interminables, je la vis apparaître, tournant la tête dans toutes directions, comme si elle cherchait quelque chose… ou quelqu’un. Elle passa près de moi, mais ne sembla pas me voir.

– Est-ce moi que vous cherchez, très chère ?

Elle se retourna brusquement, visiblement très surprise, et, après un court instant d’hésitation, elle m’adressa un grand sourire et vint s’assoir en face de moi.

– Peut-être m’offrirez-vous un café ? me demanda-t-elle d’une voix cristalline.

– J’allais justement vous le proposer, répondis-je en lui rendant son sourire.

 

Partie 2 : La rencontre >>

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