L’inconnu(e) de l’immeuble d’en face.. (2) – La rencontre

Un récit à 4 mains écrit par Sam et Arlequin

<< Partie 1 : La découverte

 

Par Sam  : 

– Est-ce moi que vous cherchez, très chère ?

Le timbre de sa voix était grave, mais son ton montrait qu’il était amusé. D’ailleurs, le sourire qu’il me fit me le prouva. Je me tournais vers lui et le découvris assis à l’une des terrasses que je venais de dépasser. Il m’avait donc repéré et m’avait joué un bien vilain tour.. Je m’en amusais à mon tour et m’asseyant à sa table, je lui dis simplement :

– Peut-être m’offrirez-vous un café ?

Je ne pouvais que m’amuser de la situation, il m’avait eu à mon propre jeu.. Ainsi, je lui tendis la main en me présentant :

– Bonjour, et merci de m’accepter à votre table. Je m’appelle Samantha, mais tout le monde m’appelle Sam. Et… je suis ravie d’entendre enfin le son de votre voix !

J’avais pris le parti de prendre un ton amusé, même si mon coeur battait la chamade. Je ressemblais à une collégienne face à son amoureux, ne sachant quoi dire et que faire !

Le brassier vint à nous, et salua « mon inconnu » comme un habitué :

– Bonjour Monsieur Thierry, je suis ravi de vous voir en si charmante compagnie ce matin !

Il nous regardait tour à tour, un gentil sourire sur les lèvres. J’apprenais grâce à la bienveillance de cet homme le prénom de « mon inconnu » et, pour le remercier sans qu’il en comprenne réellement la signification, je le gratifiais d’un grand sourire.

– Sam est une voisine, charmante voisine, qui me fait le plaisir de prendre son petit déjeuner avec moi ce matin. Sam, je vous présente Fred, mon cafetier préféré !

Le brassier se mit à rire tout en interrogeant « mon inconnu » sur son roman. J’en appris ainsi un peu plus : Thierry était romancier et devait proposer son manuscrit terminé à son éditeur dans quelques heures. Je les écoutais avec beaucoup d’attention tout en observant Thierry..

Son chapeau cachait ses cheveux et ses lunettes d’une monture très fine me laissaient apercevoir deux yeux gris, d’une douceur et d’une sensibilité que l’on découvrait dès le premier regard. Son menton et ses joues légèrement creuses parfaitement rasées entouraient une fine bouche aux lèvres presque rouges.

Ses mains pianotaient involontairement sur la table de la brasserie, un air certainement endiablé, ses longs doigts fins ne cessant de battre la mesure. Il avait croisé ses longues jambes et s’était légèrement tourné, son genou dépassant de la table et ne pouvant se caler en dessous. Cela lui donnait une posture très décontractée, en comparaison de la façon dont je me tenais, très droite dans mon fauteuil, presque rigide, tellement je me sentais nerveuse.

Thierry me posait une question, j’eu un quart de seconde de réflexion de trop qui le fire sourire.

– Vous êtes dans la lune ma chère Sam.. Que voulez-vous prendre comme boisson chaude ?

– Oh.. un café allongé, ce sera parfait, s’il vous plait !

Je dû rougir quelque peu, mais tentais de reprendre bonne contenance.

– Ainsi, vous êtes romancier Thierry ! Je serai ravie de pouvoir lire un de vos romans un jour ! J’aime beaucoup la lecture, j’ai d’ailleurs toujours un livre sur mon chevet..

Nous échangeâmes des banalités alors que nous buvions notre consommation. Fred nous avait aussi apporté un plateau de viennoiseries, et je ne pus résister devant un pain au chocolat qui semblait tout juste sorti du four..

Madame Louisette vint se greffer à notre conversation, et je lui indiquais habiter son immeuble, au troisième étage.. Nos yeux ne se quittaient guère maintenant que nous étions face à face, et Thierry, bien timidement, m’avoua qu’il savait depuis longtemps que j’habitais ici, et qu’il appréciait l’audace que j’avais eu ce matin.

– Vous m’intriguez depuis tellement longtemps, depuis mon emménagement pour être précise ! Ce n’est pas banal que de prendre tous les jours le même chemin et le même tramway qu’une personne, toujours aux mêmes heures.. J’ai eu envie de vous connaître, de savoir où vous alliez lorsque nous nous quittions..

J’esquissais un nouveau sourire.. « nous nous quittions », c’était ainsi que ça se passait dans ma tête chaque matin, et mes pensées allaient toujours vers lui lorsque je rentrais seule le soir par ce même tramway.

– Si j’osais..

Je m’interrompais à nouveau. Dois-je oser ? maintenant que je l’ai rencontré, je ne vais pas le laisser filer, n’est-ce pas ? Mais, est-il seul dans sa vie, je ne le sais même pas !! J’avais tellement de choses à lui demander, tellement envie d’en savoir plus sur lui, et puis… Oh ! On n’a qu’une vie ! Je dois arrêter de me poser autant de question, advienne que pourra !

Je reprenais devant son air interrogateur :

– Si j’osais, je vous demanderais si vous êtes libre ce soir. Je reçois quelques amis pour un dîner très informel mais sympathique.  Nous commandons du japonais : ainsi pas de cuisine à préparer, pas de vaisselle, et la soirée est à nous.

Souhaiteriez-vous vous joindre à nous ? vous et votre amie bien entendu ?

J’avais posé cette dernière question en espérant avoir un éclaircissement sur son célibat ou non.. Il.. oui, il m’intéressait beaucoup, j’avais envie de mieux le connaître, sur bien des plans..

– Je comprend que cette invitation se fait à la dernière minute, que vous n’êtes probablement pas disponible..

Une vraie collégienne, décidément ! Plus je parlais, plus je m’enfonçais !

Thierry n’avait aucune envie de m’éclaircir, et je comprenais bien qu’il riait intérieurement devant ma question et mes bredouillements en me répondant :

– Je viendrai volontiers me joindre à vous. Ce sera un plaisir de vous revoir dès ce soir Sam !

Jolie brune - photo offerte par DDF– Oh c’est parfait, je suis ravie !! Très heureuse que vous puissiez nous rejoindre. Venez les mains dans les poches bien sur ! Nous passons commande à 19 heures, et serons livrés vers 20 heures. Cela nous laisse le temps de bavarder et de prendre l’apéritif.. Vous pourrez ainsi nous parler de votre roman !

Nous nous quittâmes bientôt, Thierry devant se rendre à son rendez-vous.. Je reprenais le chemin en sens inverse, me rendant au tramway le coeur léger. Thierry occupait toutes mes pensées, je m’étais noyée dans ses yeux, sa voix raisonnait encore dans ma tête, son sourire ne me quittait plus.. J’étais tellement heureuse de le revoir dès ce soir, au milieu de notre petite bande de copains. D’habitude, nous passions nos soirées à bavarder, à jouer aux cartes, ou encore à… mais non, ce soir ce ne serait pas possible, ce soir, la soirée serait réservée à Thierry, je comptais bien en apprendre encore plus sur lui, en espérant qu’il viendrait seul et qu’il me confirmerait son célibat…

 

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Par Arlequin

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Bonjour et merci de m’accepter à votre table. Je m’appelle Samantha, mais tout le monde m’appelle Sam. Je suis ravie d’entendre enfin le son de votre voix !

« Enfin ? », pensai-je ; un simple petit mot qui laisse sous-entendre tellement de choses… Pour ma part, il me faisait comprendre que cette ravissante jeune femme, cachant une certaine nervosité sous son ton enjoué, s’intéressait à moi depuis quelques temps déjà et je m’en sentis honoré.

En parfait gentleman, je me levai afin de l’aider à prendre place sur le siège en osier, en profitant pour jeter un œil discret sur ses cuisses qui se découvrirent un peu plus lorsqu’elle s’assit. Je me réinstallai ensuite en face d’elle, en affichant un large sourire et en plantant mon regard dans le sien ; dans ses yeux, je perçus cette nervosité qu’elle tentait de me cacher et me demandai si j’étais le responsable de cet état.

– Bonjour, monsieur Thierry ! Vous voilà en bien charmante compagnie ce matin !

J’adressai un clin d’œil à Fred et remarquai le petit sourire dont Samantha le gratifiait pour l’avoir renseigner sur mon prénom.

– Sam est une voisine, une charmante voisine, qui me fait la surprise de prendre son petit-déjeuner avec moi… Sam, laissez-moi vous présenter Fred, le patron de ce café, qui, après plus de quatre ans, continue à me dire Monsieur !

– C’est pourtant vrai, répondit Fred en riant. Que voulez-vous ? A mon âge, on ne se refait plus ! Mais je ne m’attendais pas du tout à vous voir aujourd’hui, en tout cas pas ce matin ; il y a un problème avec votre roman ?

Samantha nous écoutait attentivement et son regard devint subitement interrogateur lorsque Fred fit allusion à mon métier.

– Non, Fred, aucun problème. Simplement, j’ai eu envie de venir ici avant de me rendre à Plougastel, juste pour le plaisir.

– Voilà qui est fort sympathique ! Je suppose que je vous sers la même chose que d’habitude ?

– Oui, bien sûr. Et vous, Sam, que prendrez-vous ?

Samantha me scrutait avec une grande intensité, comme si elle cherchait à lire en moi ; je me sentis troublé et la trouvais de plus en plus belle.

– Excusez-moi ? me dit-elle presque dans un murmure.

– Vous me semblez dans la lune, ma chère Sam ! Que voulez-vous boire ?

– Oh… Un café allongé, dit-elle, en rougissant un peu, à l’adresse de Fred. Ce sera parfait… s’il vous plait !

– Je vous apporte ceci tout de suite, répondit Fred avant de s’éclipser.

– Ainsi, vous écrivez ?

– Oui.

– Mais vous en vivez ?

– Je suis loin d’être millionnaire, mais j’ai cette chance de pouvoir vivre de mes romans.

– Je serais ravie de pouvoir en lire un, un jour ; j’aime beaucoup la lecture et, du reste, j’ai toujours un livre sur ma table de chevet !

– Je serais enchanté des vous en offrir un, toutefois, il vous faut savoir que mes romans s’adressent à un public averti.

– C’est-à-dire ?

– Ils contiennent de nombreux passages érotiques !

– Voilà qui m’intéresse au plus haut point !

Les yeux noisette de Samantha s’étaient mis à briller et sa voix s’était faite subitement sensuelle. A cet instant, je sus que je mettrais tout en œuvre pour que cette rencontre ne s’arrête pas à cette terrasse de café.

Fred revint avec un plateau chargé de nos boissons chaudes et d’un petit panier contenant quelques viennoiseries. Il posa notre commande sur la table, ainsi que le panier, et repartit aussitôt pour servir un autre client, après nous avoir souhaité un bon petit-déjeuner.
Tout en sirotant tranquillement notre café, Samantha et moi échangeâmes quelques banalités d’usage, histoire de faire un peu plus connaissance. J’appris ainsi qu’elle débarquait de la région Lyonnaise, où elle occupait un poste de responsable commerciale dans une grande banque. A la suite d’une séparation douloureuse d’avec son petit-ami, elle avait eu besoin d’un changement total d’air et avait posé une demande de mutation, sans donner d’endroits en particulier : n’importe quelle région aurait fait l’affaire, dès l’instant où elle était éloignée de Lyon. Et ce fut ainsi qu’elle se retrouva à Brest où elle finit par trouver le dépaysement nécessaire au rétablissement de son moral. De fil en aiguille, notre conversation se porta sur les habitants de notre quartier et, bien entendu, sur Madame Louisette.

– J’habite le même immeuble qu’elle, m’expliqua Sam, au troisième étage.

– Je me dois de vous faire un aveu : je sais depuis longtemps que vous habitez de l’autre côté de la rue, même si j’ignorais votre étage.

– Voilà qui est flatteur pour moi.

– Ce qui flatteur, Sam, c’est que vous m’ayez suivi ce matin !… Car vous me suiviez, n’est-ce pas ?

– Vous m’intriguez depuis si longtemps, me répondit-elle après un court instant de réflexion, depuis mon emménagement, pour être très précise. Ce n’est pas banal que de prendre tous les jours le même chemin et même tramway qu’une autre personne, toujours à la même heure. J’ai eu envie de vous connaître, de savoir où vous alliez quand… nous nous quittions !

Sa voix avait eu un léger tremblement à la fin de sa phrase. Tout en l’écoutant, je réalisais que nous partagions depuis un long moment une même émotion, un même sentiment de bien-être à nous retrouver tous les matins. En revanche, je me demandai si elle éprouvait le même déchirement que moi quand, comme elle l’avait si bien dit, nous nous quittions.

– Si j’osais, commença-t-elle dans un souffle, avant de s’interrompre net.

Elle baissa un instant le regard, cherchant sans doute la meilleure façon de me demander quelque chose, sans donner l’impression de me brusquer ; je devinais la question qui lui brûlait les lèvres : êtes-vous célibataire ?

– Si j’osais, reprit-elle en me fixant à nouveau droit dans les yeux, je vous demanderais si vous êtes libre ce soir ! Je reçois quelques amis pour un dîner très informel, mais sympathique. Nous commandons du japonais : ainsi, pas de cuisine à préparer, pas de vaisselle et la soirée est à nous ! Souhaiteriez-vous vous joindre à nous ?… Vous et votre amie, bien entendu.

En homme habitué à jongler avec les mots, j’admirai la façon qu’elle avait trouvée pour connaître mon statut matrimonial, mais je n’étais pas franchement friand de la cuisine japonaise. Toutefois, je voyais dans cette invitation une porte pouvant s’ouvrir vers une belle histoire et je ne pouvais laisser passer une telle occasion.

– Je comprends que cette invitation se fait à la dernière minute, que vous n’êtes probablement pas disponible…

Sa voix était à nouveau tremblante ; j’imaginai facilement son cœur cogner très fort dans sa poitrine, tout aussi fort que battait le mien.

– Je viendrai volontiers me joindre à vous. Ce sera un réel plaisir que de vous revoir dès ce soir, Sam.

– Oh, c’est parfait ! Je suis ravie ! Très heureuse que vous puissiez nous rejoindre ! Venez les mains vides, bien sûr !… Nous passons la commande pour 19 heures et serons livrés vers 20 heures ; cela nous laissera le temps de bavarder et de prendre l’apéritif… Vous pourrez ainsi nous parler de votre roman !

Nous discutâmes encore pendant une bonne demi-heure, puis, à mon grand regret, je dus me décider à prendre congé pour me rendre à Plougastel. Elle se leva en même temps que moi et me tendit la main avec un grand sourire. A cet instant, j’eus très envie de la prendre dans mes bras pour respirer son odeur, pour m’emparer de ses lèvres fines, attirantes… Mais je n’osai le faire et me contentai de lui serrer tendrement la main.

Bien que j’appréciai fortement Luc, mon éditeur, les quatre heures que je passai en sa compagnie ma parurent interminables. En réalité, je n’avais pas prévu de passer autant de temps avec lui, mais il devait me parler d’une proposition qu’il avait reçu concernant la trilogie des « Piège libertin » : déjà parue en Angleterre, elle intéressait à présent les Etats-Unis, ce qui allait donner à ma carrière un élan auquel je ne m’attendais guère. Nous déjeunâmes donc ensemble et je dus faire de gros efforts pour écouter tout ce qu’il avait à me dire, tant j’étais obsédé par l’idée de retrouver Samantha. Son sourire, son regard ravageur, ses jambes superbes… son image ne quittait plus mon esprit.

Enfin, l’heure tant attendue arriva. En revenant de Plougastel, j’avais fait une halte chez un fleuriste pour acheter de belles roses baccaras ; Samantha m’avait bien dit de venir les mains vides, mais je ne pouvais décemment le faire. En revanche, je regrettais de ne pas avoir pris un peu plus de renseignements sur la soirée, de manière à savoir comment m’habiller. Après moult hésitations, je finis par opter pour un jean, une chemise blanche et un boléro noir.
A 18 heures 50, j’enfilai une paire de chaussure beige, assortie à mon borsalino, pris le bouquet de rose et quittai mon appartement. Je traversai la rue le cœur battant très vite et ma main trembla légèrement en cherchant le prénom sur l’interphone.

L’inconnu(e) de l’immeuble d’en face.. (1) – La découverte

Un récit à 4 mains écrit par Sam et Arlequin

Par Sam  : 

Cela faisait quelques mois que j’habitais le quartier, je m’y plaisais. Bien sur, on était loin de la maison avec jardin dont je rêvais, mais mon appartement était spacieux, j’habitais en plein centre-ville, les commerçants et les transports en commun étaient à portée de main..

C’était un peu l’endroit rêvé pour une jeune femme aimant la vie de quartier, et je commençais à connaître un peu mieux mes voisins et les commerçants de ma rue.

Chaque matin, lorsque je partais au travail, Madame Louisette comme on l’appelait dans l’immeuble, balayait le trottoir devant la porte. Ce n’était pourtant pas son rôle, mais elle habitait au rez-de-chaussée et tenait à ce que notre « morceau de trottoir », comme elle disait sans cesse, soit toujours propre.

Chaque matin, je la rencontrais donc, inlassablement, alors que je prenais à gauche en sortant, me dirigeant vers le tramway qui me mènerait à mon bureau.

Chaque matin, je rencontrais également le voisin du second, plutôt taciturne, et qui, après un hochement de tête, poursuivait sa descente jusqu’au sous-sol pour prendre sa voiture.

Et chaque matin, je le voyais, lui.. cet inconnu de l’immeuble d’en face. Il sortait pratiquement en même temps que moi, à 7h45, et nous parcourions le même chemin, pour rejoindre le même tramway, celui de 7h54. Par un heureux hasard, il descendait au même endroit que moi, mais je le perdais ensuite de vue, partant vers la rue Malraux, à gauche, alors qu’il se dirigeait vers la rue des Prairies.

Regard entre un homme et une femme - photo offerte par BabesIl était beau, il avait du charme, était galant et élégant, et nos yeux se croisaient souvent, dans la rue, alors que l’on marchait chacun sur son trottoir, dans le tramway ou lorsqu’on « se quittait » pour aller travailler.

Depuis des mois, j’avais appris à le connaître sans jamais lui avoir parlé. Je connaissais ses petites manies, comme celle de tenir sa sacoche contre son torse, de se lever lorsqu’une femme entrait dans le tramway et n’avait pas de place assise, celle de baisser les yeux lorsqu’il voulait me regarder alors que moi-même je le regardais déjà..

J’avais l’impression qu’il faisait partie de ma vie et les rares fois où il n’étais pas là le matin, je le cherchais un peu comme si il me manquait..

Un beau jour, alors que je ne travaillais pas, ayant pris une journée de congé, je me levais comme à l’accoutumée.. Une idée avait germée dans ma tête la veille au soir, celle de suivre mon inconnu de l’immeuble d’en face. Je l’appelais ainsi « mon inconnu » car j’avais beau avoir été regarder les noms sur l’interphone, comment savoir si il était David, Gérard, Stéphane ou encore d’autres dont je n’avais pas retenu les prénoms..

Ce matin là, je m’étais donc habillée comme si je partais travailler, et à 7h45, je sortis de mon immeuble. Le temps d’échanger les salutations d’usage avec Madame Louisette que « mon inconnu » sortait lui-même du porche de son immeuble. Je prenais congé de mon interlocutrice et me mit en route vers le tramway, quelques pas en amont de lui sur le trottoir d’en face.

Il était vêtu d’un jean et d’une veste bien coupée, son éternelle sacoche toujours vissée à son bras gauche. Ce matin-là, il avait mis un chapeau qui cachait ses cheveux bruns coupés courts et une sorte d’écharpe ou de foulard entourait son cou. Il était séduisant, c’était indéniable, mystérieux aussi, et timide peut-être..

Je le suivais et montais dans le tramway pratiquement derrière lui. La rame était bondée, nous ne pûmes nous asseoir ni l’un ni l’autre. C’était la première fois où nous étions aussi proches, seulement, il me tournait le dos.. Etait-ce involontaire ? je l’espérais !

Notre station approchait, il convenait pour moi de ne pas me faire repérer ! Je voulais en savoir plus sur lui, et savoir où il travaillait me semblait être un bon début.. Ainsi, je le laissais prendre un peu d’avance, 50 mètres environ, sans pour autant le perdre de vue. Arrivé pratiquement au bout de la rue des prairies, il tourna à droite et je le perdis de vue pendant une bonne minute. A l’angle, je m’arrêtais, tentant de repérer son chapeau.

Des terrasses de café et de restaurant s’étalaient tout au long de la rue, et dans les quelques passants je ne retrouvais pas « mon inconnu ».. Je repris ma marche en espérant qu’il n’était pas rentré dans l’un des immeubles de la rue, quand je me fis interpeller :

– Est-ce moi que vous cherchez, très chère ?

Le timbre de sa voix était grave, mais son ton montrait qu’il était amusé. D’ailleurs, le sourire qu’il me fit me le prouva. Je me tournais vers lui et le découvris assis à l’une des terrasses que je venais de dépasser. Il m’avait donc repéré et m’avait joué un bien vilain tour.. Je m’en amusais à mon tour et m’asseyant à sa table, je lui dis simplement :

– Peut-être m’offrirez-vous un café ?

 

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Par Arlequin

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Cela faisait cinq ans que j’avais quitté Paris pour m’installer à Brest. Mon plus cher désir étant de retourner chez moi, en Pays d’Oc, je n’étais pas pleinement satisfait, mais, néanmoins, j’étais heureux d’avoir quitté la capitale et sa démesure, parvenant à retrouver un peu de ce calme qui m’avait tant fait défaut des années durant. De plus, en apprenant à connaître les brestois, j’avais retrouvé une chaleur humaine qui, par de nombreux côtés, me rappelait celle des gens du sud. Il y avait aussi cette immense fierté qu’ils avaient d’être Bretons, avec un attachement à leur terre, à leur mer, aussi forte que l’était le mien pour ma terre Occitane. Au final, en les côtoyant, je découvris que Bretons et Occitans avaient de nombreux points communs et sans doute fut-ce pour cette raison, que je fus très vite adopté par eux.

J’habitais en centre-ville, à quelques minutes à pied d’une station de tramway, avec suffisamment de commerces de proximités pour ne pas devoir aller me perdre dans une grande surface. Commerçants et habitants étaient forts sympathique et le quartier s’enorgueillissait de disposer d’une vedette locale que tout le monde appelait Madame Louisette. Elle habitait un petit appartement dans l’immeuble situé en face du mien et avait pour habitude de balayer le trottoir devant l’entrée commune, de très bon matin. Cette petite manie m’avait beaucoup fait sourire, dans un premier temps, avant que je ne découvre que ce n’était pas par un soucis de propreté qu’elle faisait cela, mais pour avoir une excuse pour aborder ses voisins, ou bien des passants, et discuter quelques minutes avec eux.

Madame Louisette n’avait jamais quitté Brest depuis sa naissance et avait connu tous les changements de sa petite ville au fil des années. Elle avait aussi vécu la période noire de l’Occupation et s’était rendue célèbre pour des hauts faits de résistances, alors qu’elle n’avait que 14 ans ; du reste, le Président de la République l’avait décoré pour acte de bravoure et c’était de cela dont était fier les habitants du quartier. J’appréciais énormément de discuter avec elle et étais ravi de pouvoir lui apporter « un peu de soleil dans sa journée », comme elle se plaisait à me le dire. Veuve, à la retraite depuis longtemps, et une famille bien trop loin pour lui rendre visite régulièrement, elle n’avait que ces rares moments de dialogue pour tromper l’ennui du temps qui passe inexorablement.

Jolie femme brune - photo offerte par Babes

Dans ce même immeuble, une jeune femme avait attiré mon attention dès le jour de son arrivée dans le quartier, il y avait environ cinq mois. Brune, aux cheveux mi- longs, des courbes généreuses, il y avait un charme étrange qui se dégageait d’elle, presque mystique, quelque chose qui faisait que, malgré sa petite taille, pas plus d’1m60, il était impossible de ne pas la remarquer dans une foule immense, impossible de ne pas se retourner sur son passage.

Je la croisais tous les jours, ou presque, lorsque je partais pour mon petit rituel matinal. Romancier, j’aimais écrire les brouillons de mes livres à l’extérieur de chez moi, dans des lieux différents, déserts ou fréquentés : la seule chose importante était que je puisse y sentir une atmosphère, une âme me donnant l’inspiration. C’était ce que j’avais trouvé chez Fred, un brassier d’une cinquantaine d’années avec qui j’avais particulièrement sympathisé. Presque tous les matins, donc, je mettais mon cahier et mon stylo plume dans ma sacoche bandoulière, prenait le tram de 7 heures 54 et me rendait chez lui, où je savais que m’était réservé une petite table au fond de sa salle. Par une heureuse coïncidence, ma belle inconnue brune prenait le même tram et descendait à la même station que moi ; mais, alors que je prenais la rue des Prairies, elle s’engageait dans celle de Malraux.

Au fil des semaines, puis des mois, j’avais réussi à connaître ses jours de repos, qui étaient en semaine et non le week-end, ainsi que l’horaire à laquelle elle rentrait chez elle et il m’arrivait de plus en plus souvent de la guetter, depuis la fenêtre de mon appartement, juste pour le plaisir de la voir. Je n’avais jamais remarqué d’homme en sa compagnie et avais fini par supposer qu’elle devait être célibataire. Je l’avais aussi souvent observé discutant joyeusement avec Madame Louisette et l’idée m’était venue, à plusieurs reprises, d’aller voir celle-ci pour lui demander quelques informations sur cette belle locataire, mais sans jamais oser le faire, pas plus que je ne trouvais le courage de l’aborder directement. Si les choses n’avaient tenu qu’à moi, la situation aurait certainement duré ainsi très longtemps : mais ma belle inconnue décida, un jour, de forcer le destin.

Ce matin-là, je devais me rendre chez mon éditeur pour lui apporter mon dernier roman finalisé. La Maison d’Edition se trouvant à 12 km de Brest, à Plougastel-Daoulas, il n’était pas prévu que je me rende chez Fred, mais cela faisait déjà deux jours que je n’avais pas effectué mon petit rituel et j’avais très envie de revoir la belle demoiselle brune. Je mis donc les 300 pages de mon livre dans ma sacoche et quittai mon appartement ; à peine avais-je franchi la porte de mon immeuble, que je l’aperçus de l’autre côté de la rue, en grande conversation avec Madame Louisette. Elle portait une robe à fleur, lui descendant à mi cuisses, des escarpins noirs à hauts talons qui lui faisaient des jambes superbes, et ses cheveux flottaient librement sous l’effet d’une petite brise ; mon cœur se mit à battre plus fort et je partis lentement en direction de la station de tramway, souhaitant que Madame Louisette ne retienne pas trop longtemps celle qui me faisait tant vibrer ; je fus vite soulagé en entendant le bruit de ses talons, derrière moi, tandis qu’arrivait le tramway.

Fait peu coutumier, la rame n’avait plus de places assises et je m’agrippai à une barre alors que le tram reprenait sa route ; mon inconnue était dans mon dos, à quelques centimètres de moi ; je pouvais sentir son parfum, presque entendre le souffle de sa respiration. J’eus envie de me retourner, de lui adresser un bonjour, de lui dire combien elle occupait mes pensées depuis tant de temps, mais, encore une fois, je n’en trouvai pas le courage.

Je descendis en premier à notre station et me mis à réfléchir à grande vitesse, cherchant une excuse pour faire enfin sa connaissance. Machinalement, je m’engageai dans la rue des Prairies et, lorsque je m’en rendis compte, je décidai de faire demi-tour pour courir dans la rue Malraux et tenter de la rattraper ; ce fut à cet instant que je l’aperçus, à peine cachée entre trois passants. Que faisait-elle dans la rue des Prairies ?

Je poursuivis mon chemin, en direction de chez Fred, me retournant de temps à autre pour vérifier que mon inconnue était toujours derrière moi et commençai à me demander si elle était vraiment en train de me suivre. Pourquoi le ferait-elle ? Il est vrai que nous avions souvent croisé nos regards, même si je baissais rapidement les yeux : se pouvait-il qu’elle ressente la même chose que moi ?

Je tournai à droite et arrivai vite à la Brasserie. Mais, plutôt que de rentrer dans la salle, je m’installai en terrasse et attendis. Au bout de quelques minutes qui me parurent interminables, je la vis apparaître, tournant la tête dans toutes directions, comme si elle cherchait quelque chose… ou quelqu’un. Elle passa près de moi, mais ne sembla pas me voir.

– Est-ce moi que vous cherchez, très chère ?

Elle se retourna brusquement, visiblement très surprise, et, après un court instant d’hésitation, elle m’adressa un grand sourire et vint s’assoir en face de moi.

– Peut-être m’offrirez-vous un café ? me demanda-t-elle d’une voix cristalline.

– J’allais justement vous le proposer, répondis-je en lui rendant son sourire.

 

Partie 2 : La rencontre >>

A la recherche d’un emploi 12 – Jalousie.. ?

<< La fin de soirée 

Je ne pouvais que sourire et acquiescer lorsque Romain affirma qu’il n’oublierait pas cette soirée de sitôt, que nous avions passé des moments fort agréables.. Ainsi, Tristan m’embrassa sur les deux joues tout en glissant une main dans mon dos, me caressant du revers de la main.

Romain, quant à lui, embrassa Sheryl sur la bouche, en lui murmurant qu’il espérait la revoir, puis, d’une voix plus forte et serrant la main de Tristan, il réitéra l’espoir de le revoir.. C’est ainsi que nous quittâmes cet établissement, ravis, repus, main dans la main…

 

Les jours suivants furent un véritable bonheur dans notre couple. Romain était fougueux, attentionné, il n’hésitait plus à venir me caresser la croupe lorsque je préparais à manger..

Un soir notamment, notre fils jouait dans sa chambre, et je préparais notre repas dans la cuisine. Les mains dans la vaisselle, je lavais les biberons du petit alors que le plat terminait sa cuisson au four. Romain s’est approché de moi, ses mains se sont posées sur mes flancs qu’il se mit à pétrir avec entrain. Sa main s’était glissée dans mon pantalon, franchissant les barrières de dentelle de ma culotte, pour se frayer un chemin vers mes lèvres dégoulinantes de mouille. Il frottait son sexe au travers de son jeans contre mes fesses, tout en caressant mon mont de vénus.

D’un geste assuré, il baissa mon pantalon et ma culotte à hauteur de mes genoux, ouvrit son ceinturon et les boutons de son jeans pour libérer son sexe en érection. M’appuyant légèrement sur le haut du dos pour que je me penche en avant, il glissa son membre dur entre mes jambes, et sans autre forme de procès, força l’entrée de ma grotte. Il y parvint sans entrave, glissant en moi tel un tronc d’arbre se mouvant dans une rivière, tellement l’excitation me rendait humide.


Vidéo offerte par Babes

Ses mains s'étaient glissées sous mon chemisier et posées sur mes seins, les malaxaient sans ménagement, et en quelques coups de reins, sa jouissance fut fulgurante. Je retenais mes cris pour que notre fils ne se doute de rien, seulement, ma lèvre inférieure en fit les frais et fut sensible pendant quelques temps...

 

La fin de semaine fut marquée par la visite de Romain à nos bureaux. Il passa peu avant midi, ayant pu se libérer un peu plus tôt pour m'emmener déjeuner en amoureux. Il resta un moment dans le bureau de Tristan, certainement à plaisanter et discuter entre hommes. De même, il s'était arrêté, m'a-t-il dit, à l'accueil pour échanger quelques mots avec Sheryl. Ce déjeuner fut un régal, la flamme entre nous était plus forte que jamais, et je crois que cette expérience de l'autre soir nous permis de raviver le feu de notre amour..

Durant le déjeuner, nous parlâmes de tout et de rien, de cette soirée particulière, de nos ressentis. Je lui avais mon envie de retourner dans ce restaurant, avec peut-être le secret espoir de revoir ce couple que nous avions observé un moment, et avec qui j'avais dansé en fin de soirée entravée entre Tristan et cet homme. Romain m'avoua lui-même qu'il avait aimé jouer "les voyeurs" mais aussi s'exhiber devant ces inconnus. Il avait aimé aussi notre petit jeu de jalousie..

- Nous allons prévoir un dîner dans ce restaurant prochainement si tu le souhaites ma chérie.. Voudras-tu que Tristan et Sheryl se joignent à nous ?

- Humm.. Je te laisse décider.. j'aime beaucoup l'idée qu'ils puissent être là, que l'on puisse passer une agréable soirée en leur compagnie, mais n'est-ce pas se fermer la porte à une expérience avec un autre couple ?

- Ecoute, le mieux serait donc d'en parler avec Tristan qui connait plutôt bien le milieu libertin, et avec qui, finalement, je n'ai pas de tabou.. Je lui en parlerai dès que j'en aurai l'occasion.. Cela te convient-il ?

J'acquiesçais bien entendu, même si la situation me semblait un peu suréaliste étant donné que mon mari allait demander des conseils sur le partagisme à mon patron.. Cela me fit sourire et j'expliquais pourquoi à mon mari qui sourit à son tour..

- Nous vivons une expérience inédite, mais tellement excitante.. Offrons-nous ces moments de plaisir, sans nous poser trop de questions.. Je t'aime Jenny..

Notre week-end ne nous laissa guère de moments de répit, la soeur de Romain fêtant son anniversaire, une dizaine qui plus est, qui s'étala du samedi après-midi pour les préparations de la fête au dimanche soir où nous finissions les restes du repas commandé auprès du traiteur. La famille était réunie au complet, les amis étaient venus en nombre, et la fête avait durée jusqu'au petit matin.. Autant dire que lundi matin, lorsque j'arrivais au travail, je n'étais pas en très grande forme.

Je me mis pourtant très vite au travail, préparant la réunion hebdomadaire de l'après-midi, terminant de classer les dossiers qu'il nous fallait voir et aborder lors de cette réunion.

Je ne vis Tristan de la matinée que lorsque je lui apportais un café en arrivant et en lui souhaitant le bonjour. Nous avions adopté les deux bises sur chaque joue pour nous saluer, tout comme je le faisais avec Jenny et les quelques autres collaborateurs travaillant dans nos locaux.

Tristan me demanda de vérifier que la salle de réunion était en ordre pour cet après-midi et d'installer un coin buffet pour les pâtisseries qu'il avait faites faire pour l'occasion. Une fois par mois, m'expliqua-t-il, la réunion était un peu moins formelle où un buffet sucré agrémenté de boissons chaudes et froides était présenté. Nos directeurs se sentaient ainsi un peu plus détendus, et se confiaient parfois plus facilement. Tristan aimait jouer avec les émotions de chacun, et ce fut une nouvelle preuve de sa réflexion sur les ressentis de l'humain.

La matinée passa très vite, je ne sentais pas la fatigue du week-end et cela me convenait parfaitement. Le midi, je profitais du canapé de mon bureau pour m'allonger un petit quart d'heure. Je savais très bien que cela m'aiderait pour "l'épreuve du feu" de cet après-midi..

J'eu la grande joie d'être réveillée par de doux baisers sur mon visage. Les yeux encore mi-clos, le parfum de mon mari se mêlait à son souffle légèrement épicé.. Je souris tout en gardant les yeux à demi-fermé, profitant de ce moment entre sommeil et réveil..

Je sentais en prime les effluves du café qu'il m'avait apporté et posé sur la table basse.. Je l'entourais de mes bras, et lui déposais un baiser sur les lèvres.

- Bonjour mon chéri, murmurais-je. Quel plaisir que d'être réveillé par ce traitement..

Il ne dit mot, mais me serra un peu plus fort dans ses bras. Je me sentais bien, j'aurai aimé que ce moment ne s'arrête jamais. Ma tête enfouie dans son cou, mes lèvres posées sur sa peau, son souffle dans mes cheveux, je fermais de nouveau les yeux pour capturer cet instant. Mais Romain se dégagea doucement, et me proposa le café qu'il m'avait apporté.

Baiser entre un homme et une femme - photo offerte par Babes- Merci mon chéri ! Mmmm un doux réveil comme je les aime, et avec un café en prime.. Mais au fait, que fais-tu là ? Tu travaillais dans le coin ? Ca tombe assez mal car j'ai cette réunion cet après-midi, elle est très importante, et je dois me préparer...

Je commençais à angoisser, et me relevais très vite. Romain me retint et me fit me rasseoir.

- Chérie, commence par boire ton café. Ta réunion ne commence pas avant une dizaine de minutes, et je suis presque sur que tu as déjà tout prévu ce matin.. Je me trompe ?

- Non, non, tu as raison.. comme toujours ! C'est que.. Tristan compte sur moi, je ne voudrais  pas le décevoir ! Mais tu ne m'as pas répondu, tu travaillais par ici ?

- Ohh j'avais simplement envie de venir t'embrasser, et lorsque j'ai vu que tu dormais, je suis allé dire bonjour à Tristan et Sheryl.. puis je suis revenu avec un café, voilà toute l'histoire..

- Merci mon amour pour ce réveil plein de douceur.. Maintenant, il faut que je réunisse mes dossiers et que j'y aille. Je suis désolée que tu sois venu alors que j'ai si peu de temps à t'accorder..

Romain se levait déjà en souriant.

- Ne t'inquiètes pas, file à ta réunion et concentre toi dessus. Nous nous verrons ce soir.. Je pense à toi chérie, bon après-midi..

Il m'embrassa puis quitta mon bureau. Je finissais mon café tout en préparant la pile de dossiers qu'il me fallait emmener en salle de réunion. Alors que je m'y rendais, je vis Romain en discussion avec Sheryl à l'accueil. Je leur souris et filais rejoindre la grande salle encore vide. Le buffet était disposé, tout était en ordre.

Tristan arriva bientôt et m'adressa un sourire. Il devait sentir que j'étais un peu nerveuse, et me chuchota de me détendre, que tout se passerait bien..

Chaque directeur fit son entrée et quelques minutes plus tard, tout le monde était en place sauf.. Sheryl.. Elle manquait à l'appel, mais aucun fauteuil n'était vide, j'imagine donc que Tristan ne la conviait plus à cette réunion.. J'étais donc seule pour tenir mon rôle, sans filet..

L'absence de Sheryl me tracassait quelque peu, et m'angoissait aussi, mais je ne devais pas le montrer et devais me concentrer sur ce qu'il se disait. Au final, la réunion dura plus de deux heures, mais dans la bonne humeur, chacun étant détendu. Je réussis sans peine, il me semble, à tenir mon rôle, et mon compte-rendu ne serait pas bien difficile à rédiger.. La réunion se termina autour du buffet, et je pus faire plus ample connaissance avec nos différents directeurs.

Le directeur e-commerce notamment m'accapara pendant un certain temps, rapidement rejoint par son collègue des boutiques physiques. Le premier était un homme d'une quarantaine d'année, les cheveux blonds parsemés d'un peu de grisaille qui lui allait à merveille, des yeux verts que l'on voyait au travers de ses petites lunettes, un oval parfait où rien ne dénotait. Sa carrure laissait penser qu'il était sportif, la taille fine et les muscles de ses bras ressortant sans être saillant. Il était attirant, et je restais pendue à ses lèvres.

Son collègue, d'un tout autre genre, n'était pas moins dénué de charme. Un peu plus âgé, peut-être une petite cinquantaine, les cheveux réellement poivre-et-sel, il était plus grand, plus carré aussi. Un léger embonpoint marquait sa taille sans être dérangeant. Il avait une prestance, un charisme important, mais chacun de ses gestes étaient sensuel, presque tendre, comme lorsqu'il me tendait un gobelet de café ou qu'il me souriait en me parlant de ses équipes.

Je ne vis pas l'heure passer, et bientôt Tristan renvoya avec politesse tout ce petit monde à leurs occupations. Il m'accompagna ensuite à mon bureau et passa la tête par la petite porte de communication vers son bureau, qu'il referma presque aussitôt. Son attitude m'intriguait mais je n'osais lui poser des questions.

La journée avait été longue, et je commençais à ressentir la fatigue. Tristan me guida vers le canapé où nous nous assîmes côte à côte. Il commença le debrieffing de la réunion, me parla plus en détail de ses directeurs, me demandant mes impressions sur ceux avec qui j'avais passé le plus de temps : Olivier, le directeur e-commerce, et Sylvain, le directeur des boutiques physiques..

Mais j'avais l'impression qu'il cherchait à gagner du temps.. Cependant, il était mon patron, et je me devais de respecter ce moment de "travail".  Alors que la conversation se poursuivait, on frappa à la porte de mon bureau, et mon mari nous rejoignit. J'étais à nouveau surprise qu'il soit là, mais ne dis rien devant Tristan.

Ce dernier se leva aussitôt, cédant sa place à Romain. Il nous quitta en passant par la petite porte menant à son bureau, non sans m'avoir fait la bise et avoir serré la main de mon mari en nous souhaitant une bonne soirée. Je ne comprenais pas, il nous avait quitté si vite, alors qu'il aurait pu (dû ?) parler un moment avec nous.. Et que faisait mon mari ici, dans mon bureau, quelques heures seulement (trois heures tout au plus !) après m'avoir levé de mon canapé..

Romain s'assit près de moi, il me prit la main et la caressa distraitement. Peut-être attendait-il mes questions, à moins qu'il ne soit en train de rêvasser ? J'avais une idée en tête, et ce que j'entrevoyais ne me plaisait pas forcément..

- Tu n'as pas travaillé cet après-midi Romain, n'est-ce pas ? lui demandais-je le regardant dans les yeux.

Il gardait les yeux rivés sur nos mains enlacées, il ne semblait pas m'entendre, un peu comme si il était ailleurs.. Je pressais sa main comme pour le presser de me répondre, mais je craignais aussi ce qu'il allait me dire.

- Dis-moi Romain, comment se fait-il que tu sois encore là, trois heures seulement après m'avoir réveillé ? Pourquoi ne dis-tu rien ? Que se passe-t-il Romain ?

Il releva les yeux vers moi, mon ton était légèrement monté dans les aigus, j'étais exaspérée par son silence, je voulais savoir maintenant !!

- Ma chérie, je ne veux rien te cacher.. Je n'ai pas bougé d'ici effectivement, tu as raison.. J'avais pris mon après-midi, pour rester là..

Je répétais bêtement : "Pour rester là..

Mais pourquoi rester ici alors que j'étais en réunion ?"

Je ne voulais pas l'entendre, je ne voulais pas comprendre.. Il ne pouvait pas m'avoir fait cela, ils avaient tout combiné, ils m'avaient tous menti !

- Jenny, je voulais passer un moment avec Sheryl.. Tristan nous a laissé son bureau.. Je suis désolé, j'aurai dû t'en parler..

- Oui, tu aurais dû ! Tu aurais dû me faire confiance, m'en parler, me demander peut-être.. Tu as fait ça sous mon nez, tu avais tout prévu, Sheryl n'était pas à la réunion et pour cause, elle était avec toi.. Je comprends mieux, je comprends tout.. Et Tristan, il te laisse, il vous laisse quartier libre !

J'étais en colère, j'étais au bord des larmes, j'étais blessée qu'il m'ait menti, qu'il n'ait pas cru assez en moi et en mon amour pour m'en parler. Je retirais ma main de la sienne, il essaya de me retenir, mais d'un pas décidé, j'attrapais mon sac sur mon bureau puis, partant en sens inverse, je quittais mon bureau sans rien dire de plus.. Il me fallait réfléchir, il me fallait digérer tout cela.. Romain, pourquoi n'as-tu pas eu confiance en moi ?

 

Et repentir... >>